À l’occasion de son 40ème anniversaire, l’EGC a organisé une conférence consacrée à un sujet qui nous concerne tous, mais dont on parle finalement assez peu : que devient un déchet une fois sorti de notre poubelle ? Devant un public venu en nombre, les étudiants de deuxième année ont ouvert le bal avec un sketch, mettant en scène le parcours d’un déchet.
Gaël Pierre, gérant associé de la Calédonienne de Services Publics (CSP), et Lucie Soler, responsable communication et développement chez Trecodec, ont ensuite pris le relais pour détailler, chiffres à l’appui, les coulisses d’une filière encore mal connue du grand public…
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Le grand voyage de nos déchets
Premier constat, posé par Gaël Pierre : le déchet n’intéresse personne, ou presque. On sort sa poubelle, le camion passe et on ne se pose plus la question. Pourtant, derrière ce geste de notre quotidien, se cache toute une chaîne logistique. La CSP assure la collecte sur le Grand Nouméa et, par extension, sur la province Sud, notamment à travers le porte-à-porte, les points d’apport volontaire et les six déchetteries qui totalisent près de 300 000 passages par an. De là, les déchets transitent par le centre de Ducos avant, pour la majorité d’entre eux, de finir enfouis au centre de Gadji, à Païta. Ce sont environ 135 000 tonnes en 2025, contre à peine 10% de déchets valorisés. Un chiffre que Gaël Pierre n’a pas hésité à qualifier de « très en retard » par rapport à la métropole. Le problème n’est pas tant le volume que le mélange. Une fois qu’une bouteille en verre a été souillée par d’autres déchets, il devient quasiment impossible de la valoriser. Ce qu’il faut, c’est donc de trier à la source. Et bien trier, c’est la condition numéro un pour qu’un déchet ait une seconde vie.


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La REP, ou comment faire porter la responsabilité aux producteurs
C’est là qu’intervient Trecodec ! Lucie Soler a rappelé le principe de la responsabilité élargie du producteur (REP), une réglementation portée par les trois provinces qui oblige tout importateur ou fabricant à gérer la fin de vie des produits qu’il met sur le marché (batteries, huiles, équipements électroniques, etc.). Plutôt que de gérer seul ce plan de gestion, un producteur peut adhérer à un éco-organisme comme Trecodec, qui mutualise la collecte et le traitement pour le compte de ses adhérents.
Née en France en 1992, la REP couvre aujourd’hui sept filières en Nouvelle-Calédonie : huiles usagées, piles et accumulateurs, batteries au plomb, pneus usagés, véhicules hors d’usage, déchets d’équipements électriques et électroniques, et depuis 2025, les emballages. Trecodec, éco-organisme à but non lucratif, s’appuie sur 430 entreprises adhérentes, 1 500 points de collecte répartis sur tout le territoire et un réseau de 21 opérateurs de collecte et 15 opérateurs de traitement. Depuis sa création, plus de 165 000 tonnes de déchets ont ainsi été collectées et traitées plutôt qu’enfouies. Ce dispositif est financé par l’éco-participation, ce petit montant que chaque consommateur paie sans toujours le savoir. C’est par exemple 14 000 francs pour un véhicule, 1 500 francs pour un ordinateur portable, 200 francs pour un smartphone ; soit, en moyenne, moins de 4 000 francs par habitant et par an.

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Le verre, symbole d’un potentiel encore largement sous-exploité
Gaël Pierre a ensuite pris l’exemple du verre pour illustrer l’enjeu calédonien. Sur environ 6 000 tonnes de verre importées chaque année, à peine 1 000 tonnes sont aujourd’hui valorisées. Le reste finit à Gadji ou dans la nature. Pourtant, la technologie existe, avec notamment un broyeur qui sépare le verre en trois fractions, dont une utilisable dans le BTP (remblais, bétons non structuraux). Mais deux ennemis viennent compromettre la qualité du broyat : les étiquettes, qui collent au verre lors du broyage et les capsules métalliques, qu’il faut impérativement retirer avant de jeter sa bouteille.
Mais l’enjeu est autant économique qu’écologique ! Investir dans une plateforme de broyage représente 60 à 70 millions de francs, un montant qui ne s’amortit que si le geste de tri est massivement adopté par la population. Et comme l’a rappelé Gaël Pierre, la revente de matières premières secondaires (aluminium, métaux) ne suffit généralement qu’à couvrir les coûts de fret. C’est donc bien le financement en amont, via la REP, qui rend possible toute la chaîne de valorisation.

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Un geste, une responsabilité collective
Pour clôturer cette conférence, Lucie Soler a résumé l’esprit de la soirée : « Bien trié, un déchet peut devenir une ressource ! ». À Trecodec et à ses partenaires de lui donner une nouvelle destination et à chacun d’entre nous de faire le geste qui rend cela possible. Moins enfouir, préserver les ressources naturelles, inventer des solutions locales, créer de l’emploi : la Nouvelle-Calédonie a toutes les cartes en main pour devenir un modèle à suivre en matière de déchets !
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