Un pneu ne disparaît jamais vraiment. Il s’use sur la route, libère des particules, puis devient un déchet volumineux fait de caoutchouc, d’acier et de textile, difficile à recycler. Michelin estime à environ 1,6 milliard le nombre de pneus qui arrivent chaque année en fin de vie dans le monde. Une revue scientifique, s’appuyant sur une estimation du World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) datant de 2008, évoque environ quatre milliards de pneus déjà stockés ou enfouis à l’échelle de la planète. 

En Nouvelle-Calédonie, la filière pneus usagés est organisée depuis 2008. En 2025, Trecodec a collecté et traité 3 431 tonnes de pneus usagés sur le territoire, soit +22 % par rapport à 2024. Depuis 2009, ce sont 55 292 tonnes qui ont été collectées, dont 47 853 tonnes en province Sud, soit près de neuf tonnes sur dix. Mais alors, derrière ces tonnages, que devient un pneu une fois collecté ? 

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Le pneu, quelle pollution ?

Un pneu pollue d’abord en roulant. À chaque kilomètre, il s’abrase et libère des particules de caoutchouc et des additifs chimiques. Selon les études citées par France Nature Environnement, cela représenterait environ 1,4 kg par habitant et par an. En France, l’association Agir pour l’environnement estime à près de 80 000 tonnes par an les particules d’usure qui se déposent le long des routes. Le transport routier lui, en génère près de 500 000 tonnes par an en Europe. Parmi les substances en cause figure le 6PPD, un antioxydant qui protège le caoutchouc. Michelin explique qu’il se transforme en 6PPD-quinone, une substance toxique pour certaines espèces et indique qu’entre 1% et 13% des particules d’usure finiraient dans l’océan. Le fabricant a lancé en 2022 un programme de recherche pour trouver un substitut, tandis que la norme européenne Euro 7 introduira, d’ici 2028, les premières limites d’émission de particules d’usure.

La composition même des pneus fait débat ! Une analyse de six marques par Agir pour l’environnement en 2025 a identifié 1 954 molécules, dont 785 jugées à risque, ce que conteste le Syndicat du Pneu. En fin de vie, le pneu est classé déchet non dangereux, mais entreposé à l’extérieur, il devient une source d’incendie et un foyer de moustiques, l’eau de pluie s’y accumulant.

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Les pneus n’ont rien à faire dans les océans © Toxic-Free Future

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Le traitement des pneus dans le monde

Premier fabricant mondial, Michelin illustre l’ampleur du défi. Le groupe vise 40% de matériaux renouvelables et recyclés en 2030 puis 100% en 2050, contre un peu plus de 31% aujourd’hui. Pour progresser, il mise sur le recyclage par pyrolyse, avec une première usine en Suède (avec Enviro et le fonds Antin) et un projet au Chili. En Europe, où les filières de Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) existent depuis vingt-cinq ans, 94% des pneus usagés ont été collectés et traités en 2019 : environ 1,9 million de tonnes en valorisation matière (granulation, cimenterie, génie civil) et 1,4 million en valorisation énergétique. 

Remettre des pneus dans le sol, comme le fait le procédé Draingom (plaquettes de pneus cisaillées pour bassins ou parkings), reste débattu. En effet, l’ANSES recommande d’évaluer localement le risque de relargage de zinc et de phénols vers les sols. En Nouvelle-Calédonie, cette piste avait été envisagée à Gadji, à Paita, mais la filière n’a pas abouti. Faute de débouchés locaux suffisants, une partie des pneus mondiaux s’exporte, un commerce peu restreint car les pneus ne sont pas classés dangereux par la Convention de Bâle. L’Inde en est le premier importateur (32% des flux mondiaux en 2018). Selon Reuters, les pneus y sont déchiquetés, brûlés comme combustible ou traités par pyrolyse, parfois artisanale et très polluante. 

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Passer de « sur » à « dans » le sol © Draigom

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Et le pneu en Nouvelle-Calédonie ?

En avril 2008, la province Sud adopte le principe de la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP). Les importateurs et fabricants locaux doivent ainsi assurer la collecte et le traitement des déchets que leurs produits génèrent et en financer le coût. Pour les pneus, l’article 422-20 du code de l’environnement de la province Sud fixe le cadre. Le coût est répercuté sur le consommateur par une éco-participation appliquée à l’achat de pneus neufs. Trecodec, créé en 2008 à l’initiative des producteurs, est l’éco-organisme agréé pour gérer plusieurs filières, dont celle des pneus usagés. Pour les pneus, Trecodec mandate des opérateurs agréés chargés de la collecte, du broyage en lamelles puis du traitement à l’export.

Mais alors, où déposer ses pneus ? Tous les pneus usagés sont concernés : véhicules légers, poids lourds, motos, engins de manutention, de génie civil et autres. Ils se déposent dans les points de collecte dédiés répartis en province Sud : centres de réparation désignés par Trecodec, centres de montage et certaines déchèteries. Une fois déposés, les pneus suivent un parcours précis : collecte, broyage puis conditionnement, avant export. Les pneus broyés quittent ensuite le territoire vers l’Inde, où ils sont valorisés énergétiquement comme combustible dans des installations industrielles. Cette valorisation permet de réduire le volume de déchets à stocker, de limiter le recours aux énergies fossiles et de contribuer à une gestion plus durable des ressources. C’est tout l’intérêt d’une filière organisée ! En Nouvelle-Calédonie, le pneu est collecté, traité et exporté par un opérateur agréé, sous la responsabilité financière des producteurs, plutôt que laissé à des circuits informels ou abandonné dans la nature. Ce qui reste, c’est la part de chacun, en rapportant ses pneus au bon endroit plutôt que de les laisser dans un terrain, au bord d’une route ou de les brûler dans un jardin.

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La filière pneus usagés en Nouvelle-Calédonie © Trecodec

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Quelle est l’avenir du pneu ?

Le pneu est un déchet mondial sans solution parfaite. La valorisation énergétique brûle la matière, la granulation aboutit surtout à du recyclage en cascade, la pyrolyse peine à équilibrer ses coûts et les pneus broyés posent la question du sol. Michelin et d’autres investissent pour boucler la boucle, mais le chemin reste long.

En attendant, la priorité est d’éviter que les pneus s’accumulent ou brûlent dans la nature. En Nouvelle-Calédonie, Trecodec et ses partenaires ont bâti une collecte financée par les producteurs, organisée sur le territoire, qui a déjà progressé de 22% en un an. 

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