À notre initiative, le Directeur Général de Batribox, l’éco-organisme de la filière batteries en métropole, a fait le déplacement en Nouvelle-Calédonie pour une semaine entière d’immersion. En tant qu’éco-organisme calédonien, nous avons la responsabilité d’anticiper ce qui arrive : les batteries sont déjà sur le territoire dans toutes leurs catégories, des piles portables aux batteries de démarrage, et leur volume va croître fortement avec l’électrification. La filière pour les gérer en fin de vie n’est pas encore structurée à la hauteur de ce qui arrive. Ce mardi matin au Bout du Monde, nous avons réuni une trentaine d’acteurs institutionnels et professionnels pour commencer à y répondre. 

8h30. Le Bout du Monde, en salle pour une matinée de présentation et d’échanges  

La matinée s’est tenue au Bout du Monde, autour d’un petit déjeuner, dans une salle réunissant une trentaine d’acteurs institutionnels et professionnels. Notre Président, Bernard Creugnet, a ouvert les échanges. Il a remercié les personnes présentes, posé le cadre de cette matinée et rappelé pourquoi nous avons tenu à faire venir Batribox sur le territoire : parce que la filière batteries se construit maintenant, pas dans cinq ans.  

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Bastian Morvan et Emmanuel Toussaint-Dauvergne à l’ouverture de la matinée au Bout du Monde. © Trecodec

Bastian Morvan, Directeur Adjoint de la DDDT de la Province Sud, partenaire financier du déplacement aux côtés de l’ADEME, a pris la parole à son tour. Il voit dans les filières de valorisation des déchets un exemple concret de développement durable, économique, social et environnemental à la fois, et a souligné l’intérêt d’une expertise extérieure pour faire avancer les discussions locales sur les filières de responsabilité élargie des producteurs, dont les batteries font partie.  

« Quand quelqu’un vient de l’extérieur avec son expérience sur une problématique, on le perçoit un peu différemment, un peu comme une vérité. » – Bastian Morvan, Directeur Adjoint de la DDDT, Province Sud 

Caroline Nicolleau, pour l’ADEME, replace la visite dans son contexte : l’électromobilité progresse, les batteries arrivent sur le territoire et les enjeux de fin de vie se posent déjà.  

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Bastian Morvan (Province Sud), Emmanuel Toussaint-Dauvergne (Batribox) et Caroline Nicolleau (ADEME), partenaires financiers du déplacement. © Trecodec

9h00. Emmanuel Toussaint-Dauvergne prend la parole  

Le Directeur Général de Batribox présente l’éco-organisme qui existe depuis 25 ans : une société de droit privé à but non lucratif, créée à l’initiative des metteurs sur le marché pour organiser la reprise des batteries usagées en France. Le nouvel agrément, obtenu le 18 août 2025 pour six ans, étend son périmètre à cinq catégories : batteries portables, moyens de transport légers, véhicules électriques, industrielles et SLI.  

Le marché des batteries représentait environ 458 000 tonnes en 2023 et devrait atteindre 1 217 000 tonnes en 2030, soit une croissance de 15 % par an, portée essentiellement par le secteur automobile. Le lithium s’est imposé comme la technologie dominante, avec plus de 50 % des déploiements mondiaux aujourd’hui.  

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Emmanuel Toussaint-Dauvergne présente les enjeux de la filière batteries et l’évolution du coût du lithium-ion d’ici 2030. © Trecodec

« Les batteries sont déjà là, elles sont déjà présentes mais elles sont invisibles. Elles deviendront visibles le jour où elles se transformeront en déchets. » – Emmanuel Toussaint-Dauvergne, Directeur Général de Batribox 

Il faut l’anticiper. Autorisations ICPE adaptées, conditions de stockage qui tiennent compte du climat tropical, diagnostic local des batteries, formation des acteurs, transport maritime sécurisé… La métropole a mis des années à bâtir ces réponses et la Nouvelle-Calédonie a aujourd’hui la chance de s’appuyer sur cette expérience pour ne pas partir de zéro. 

« Le message ne doit pas être alarmant, mais ces batteries sont déjà là, donc il faut que les conditions de structuration soient déjà mises en place, parce que vous avez une énorme vague qui va venir. » – Emmanuel Toussaint-Dauvergne, Directeur Général de Batribox 

Batribox a également présenté les outils déployés auprès des collectivités partenaires : fûts homologués 220 L avec abri-fûts, formation des gardiens de déchèterie, enlèvement sous 10 jours en moyenne et, depuis fin 2025, un QR code sécurité apposé sur chaque fût pour adapter la gestion du risque incendie au taux de lithium collecté.  

« Si vous voulez avoir en place une organisation liée à la structuration des batteries, il faut investir maintenant. » – Emmanuel Toussaint-Dauvergne, Directeur Général de Batribox 

10h00. Au tour de la salle de prendre la parole 

Les questions ne se font pas attendre… Le transport maritime ouvre le bal : comment évacuer des batteries de véhicules électriques depuis un territoire isolé quand un conteneur spécialisé peut coûter jusqu’à 30 000 euros depuis les Antilles ? La réponse d’Emmanuel Toussaint-Dauvergne est directe : sans acteur local capable de diagnostiquer et neutraliser les batteries sur place, la Nouvelle-Calédonie paiera toujours le prix fort. Former et certifier cet acteur local, c’est la condition pour ouvrir des voies d’évacuation compétitives et sécurisées. 

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Une trentaine d’acteurs institutionnels et professionnels réunis au Bout du Monde pour débattre des enjeux de la filière batteries en Nouvelle-Calédonie. © Trecodec

Le statut fiscal des éco-organismes fait aussi réagir. La demande de modifier ce statut auprès du gouvernement calédonien a déjà été formulée par le passé, sans suite. L’absence de représentants du gouvernement dans la salle ce matin-là ne passe pas inaperçue… 

Les objectifs de collecte fixés dans le cahier des charges métropolitain alimentent le débat : 63 % sur les batteries portables d’ici 2027, un chiffre jugé déconnecté des réalités de terrain par plusieurs participants. Emmanuel Toussaint-Dauvergne ne le conteste pas. Il reconnaît la difficulté et pointe la concurrence entre éco-organismes comme facteur aggravant : quand les collectivités changent de partenaire d’une année sur l’autre, la continuité des efforts de collecte en prend un coup. 

Martine Corneille, de l’association EPLP, prend la parole avec tranchant. Pour elle, promouvoir l’électromobilité individuelle comme réponse écologique, c’est substituer une dépendance aux énergies fossiles par une dépendance aux métaux, avec les mêmes tensions géopolitiques en toile de fond. Le débat s’anime… Les positions sont assumées et personne ne quitte la salle indifférent. 

La pause de 30 minutes n’éteint pas les discussions. La reprise enchaîne sur la gouvernance des éco-organismes, les barèmes et les leviers pour embarquer les metteurs sur le marché qui ne jouent pas encore le jeu. 

« Si tout le monde joue sa partition, l’orchestre joue juste. » – Emmanuel Toussaint-Dauvergne, Directeur Général de Batribox 

12h00. La semaine commence… 

La matinée se termine, la semaine s’ouvre. Emmanuel Toussaint-Dauvergne enchaîne plusieurs jours de rendez-vous avec les institutions, les producteurs, les opérateurs de la filière et nos équipes, pour identifier les spécificités du territoire et poser les bases d’un travail commun.  

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Visite terrain chez Recycal et la CSP Fidelio dans l’après-midi du 6 octobre. © Trecodec

Sur le Caillou, la filière batteries ne ressemble à aucune autre : territoire isolé, transport maritime contraint, gisement qui progresse avec l’électrification, acteurs locaux à fédérer. Cette semaine d’immersion avec Batribox, c’est notre façon d’agir sur la filière batteries en réunissant les bons interlocuteurs avant que le gisement nous dépasse.