À l’occasion d’une Matinale organisée par la CCI Nouvelle-Calédonie au Bout du Monde, Trecodec a présenté le mécanisme de la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) et le bilan de ses filières de collecte et de traitement. Une session interactive, riche en échanges, qui a permis de mieux comprendre un dispositif encore méconnu du grand public. Morceaux choisis…

Un éco-organisme au service du territoire depuis 2000

Fondé en 2008, Trecodec est l’éco-organisme de référence en Nouvelle-Calédonie pour la gestion des déchets réglementés. Agréé par les provinces calédoniennes, il opère sur l’ensemble du territoire selon un plan de gestion renouvelé tous les cinq ans. C’est son PDG, Bernard Creugnet, accompagné de Lucie Soler, responsable Communication et développement, qui ont animé cette matinale devant une cinquantaine d’acteurs économiques et institutionnels.

« On va faire une présentation interactive. On n’attend pas la fin pour les questions — au fur et à mesure, parce que c’est un sujet assez copieux et pas toujours bien compris. » — Bernard Creugnet, PDG de Trecodec

La REP, c’est quoi exactement ?

La Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) est un principe fondamental du droit environnemental : tout fabricant ou importateur qui met un produit sur le marché est responsable de sa fin de vie. Concrètement, il doit soit s’organiser seul pour collecter et traiter ses déchets, soit adhérer à un éco-organisme agréé, comme Trecodec, qui gère cette obligation de manière collective. Son financement repose sur l’éco-participation, une contribution versée par les producteurs et répercutée sur le prix de vente au consommateur.

« L’avantage, c’est que ce coût est supporté par le consommateur de manière vertueuse : le montant alloué à la fin de vie est perçu dès l’achat. » Bernard Creugnet.

Dans la foulée, Lucie Soler en a profité pour témoigner de sa propre découverte du mécanisme avec une sincérité désarmante :

« Au départ, quand je voyais une éco-participation sur mon ticket de caisse, je me demandais pourquoi. Et puis j’ai découvert que ce n’était pas une taxe. C’est la collecte, le traitement et la valorisation de vos futurs déchets. » Lucie Soler, responsable Communication et développement de Trecodec

Trecodec s’impose une règle interne : ne jamais dépasser 5 % du prix de vente du produit concerné, pour rester transparent et peu impactant pour le consommateur.

Des filières variées, une logistique maîtrisée

Depuis sa création, Trecodec a progressivement élargi son périmètre. Aujourd’hui, l’organisme gère sept filières réglementées, chacune avec ses propres contraintes de collecte et de traitement :

  • Huiles usagées et contenants : une filière sous tension depuis la fermeture de la centrale de valorisation locale en 2023. Les huiles sont désormais exportées pour retraitement.
  • Piles et Accumulateurs : une fois collectés, les piles et accumulateurs sont triés par catégorie chimique. Ils subissent ensuite un traitement spécifique permettant de récupérer les matériaux précieux comme le zinc, le cobalt ou le nickel.
  • Batteries au plomb : filière historique réglementée dès 2008, avec environ 1 200 à 1 300 tonnes exportées chaque année vers l’Asie, dans le cadre de la Convention de Bâle sur les mouvements transfrontaliers de déchets dangereux.
  • Pneus usagés : broyés sur la plateforme de Gadji puis acheminés principalement vers l’Inde dans des conteneurs optimisés.
  • Véhicules hors d’usage (VHU) : environ 1 000 véhicules traités par an via six points d’apport volontaire répartis sur le territoire.
  • Déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) : entrés dans le dispositif en 2014, avec un atelier de démantèlement actif à Nouméa.
  • Emballages : filière lancée en janvier 2025, elle concerne le verre, les bouteilles en plastique, les canettes et les boîtes de conserve.
  • Panneaux solaires : dernière filière en cours d’intégration, portée par le développement du photovoltaïque.

Et pour gérer tout ça, il faut des collaborateurs et des parties-prenantes engagés ; ainsi, Trecodec, c’est aussi 13 salariés, plus de 430 adhérents producteurs1 500 points de collecte et une comptabilité analytique rigoureuse, filière par filière.

Les défis d’un territoire insulaire éloigné

Au-delà du modèle hexagonal, la spécificité calédonienne impose des contraintes que n’ont pas les organismes métropolitains : volumes faibles, coûts d’export élevés, dépendance aux marchés internationaux et complexité réglementaire multi-acteurs impliquant le gouvernement, les trois provinces et les douanes, entre autres institutions…

« On est une ligne dans le carnet de commandes des traiteurs mondiaux. Nos volumes sont très faibles par rapport aux autres pays. C’est aussi pour ça qu’il est important d’avoir des réserves financières : si demain les portes d’un marché se ferment, il faut être capable de rebondir rapidement. » Bernard Creugnet, prévoyant.

La filière huiles illustre bien cette fragilité. En 2023, la centrale locale de valorisation a fermé brutalement et, depuis lors, les huiles sont exportées même si un projet de traitement local est à nouveau à l’étude dans le cadre du plan de gestion 2026–2030 mais… « C’est dommage d’exporter pour valoriser ailleurs ce qu’on pourrait utiliser ici. », dixit le PDG himself.

Sensibiliser, pour que le geste devienne réflexe

Au-delà des chiffres et des mécanismes, les deux animateurs de cette séquences ont insisté sur le maillon le plus fragile du système : le comportement du détenteur de déchet. A cette occasion, Lucie Soler a rappelé le rôle central et capital des points d’apport volontaire dans la chaîne de valeur…

« La mise en place de points d’apport volontaire, les bacs devant certains magasins… ça permet de préserver notre caillou et d’éviter de tout jeter dans la nature. L’éco-participation que vous voyez sur votre ticket d’achat, vous pouvez l’appliquer sans crainte : elle finance directement le recyclage de vos futurs déchets. » Lucie Soler, PAV lover

… avant que Bernard Creugnet ne conclue ce moment pédagogique et interactif sur une note plus philosophique :

« Tant que les gens n’auront pas compris que protéger l’environnement, c’est protéger l’homme, on continuera à passer à côté de la réalité. » – Bernard Creugnet, éco-antropologue

Cette Matinale CCI NC aura été une occasion rare de dialogue ouvert entre professionnels, institutions et opérateurs : un échange que Trecodec entend poursuivre tout au long de sa nouvelle mandature 2026–2030.