Sous le capot d’une voiture, d’un camion ou d’un onduleur, une batterie au plomb fait son travail jusqu’au jour où elle décide de faire des siennes lorsqu’on met la clé dans le compteur… Elle finit alors à la porte du garage ou dans un coin du jardin. Pourtant, ce bloc contient du plomb et de l’acide, deux substances dangereuses pour l’environnement et la santé ! 

En Nouvelle-Calédonie, la filière est organisée depuis 2008. En 2025, Trecodec a traité 1 347 tonnes de batteries au plomb, dont 95% ont été valorisées, grâce à un réseau d’une centaine de points de collecte répartis dans les trois provinces. Mais alors, pourquoi tant de précautions autour de ces batteries et que deviennent-elles une fois déposées ?  

La batterie au plomb, quelle pollution ? 

Le danger d’une batterie au plomb tient à son contenu : du plomb et de l’acide. L’Organisation mondiale de la santé rappelle qu’il n’existe aucune concentration de plomb dans le sang qui soit sans danger. Et les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables, car le plomb peut avoir des conséquences permanentes sur le développement du système nerveux. Ils s’exposent d’autant plus facilement que leur curiosité les pousse à porter à la bouche des objets ou de la terre…  

Abandonnée dans la nature, une batterie fissurée laisse s’écouler son acide et ses métaux dans les sols. Et le risque ne vient pas seulement des batteries jetées, il vient aussi de la façon dont on les recycle. L’OMS souligne que l’exposition à la terre et à la poussière contaminées lors du recyclage de batteries et d’activités minières provoque, dans certains pays, des intoxications massives, avec de nombreux décès chez les jeunes enfants… Et les chiffres le prouvent ! Selon un rapport de l’UNICEF et de l’ONG Pure Earth publié en 2020, environ un enfant sur trois dans le monde, soit jusqu’à 800 millions, présente des niveaux de plomb dans le sang préoccupants, la grande majorité vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Le rapport identifie le recyclage informel et non conforme des batteries au plomb comme l’une des premières sources d’exposition. Car en effet, jusqu’à 50% des batteries y seraient traitées de manière informelle. Des ouvriers y ouvrent les boîtiers, déversent l’acide dans le sol et fondent le plomb dans des fours artisanaux à l’air libre, dont les fumées toxiques empoisonnent le voisinage. C’est pour cette raison que la Convention de Bâle classe les batteries au plomb usagées parmi les déchets dangereux. 

Le traitement des batteries dans le monde 

La bonne nouvelle, c’est que la batterie au plomb se recycle en fait très bien ! Une fois collectée, elle est vidée de son acide, puis le plomb et le plastique sont broyés et séparés. Le plomb est ainsi fondu et affiné, le plastique lavé et granulé pour devenir une nouvelle matière première. L’industrie américaine, par la voix de la Battery Council International, affirme que 99% des batteries au plomb y sont recyclées, ce qui en ferait le produit de consommation le plus recyclé du pays et qu’une batterie neuve contient en moyenne plus de 80% de matériaux recyclés. Ces chiffres sont ceux de l’industrie elle-même, mais démontrent ce qu’une filière bien organisée peut accomplir. Et l’Europe va plus loin en fixant des objectifs. Le règlement européen sur les batteries de 2023 impose un rendement de recyclage de 75% pour les batteries plomb-acide d’ici fin 2025, puis 80% à partir de 2030 et une récupération du plomb de 90% d’ici fin 2027, puis 95% d’ici fin 2031. À partir d’août 2031, les nouvelles batteries devront aussi contenir au moins 85% de plomb recyclé. Vous l’avez donc compris, tout dépend donc de la manière dont on recycle, entre filière organisée et filière informelle ! 

Cycle de collecte et de traitement des batteries au plomb usagées en Nouvelle-Calédonie. © Trecodec

Et la batterie en Nouvelle-Calédonie ? 

En avril 2008, la province Sud adopte le principe de la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP) et une délibération du 10 avril 2008 encadre spécifiquement les accumulateurs usagés au plomb. Les producteurs, c’est-à-dire les importateurs et fabricants locaux, doivent fournir les équipements de stockage, financer la collecte, le transport et le traitement. La délibération impose un stockage dans des bacs étanches résistants aux acides et à l’abri des intempéries et exige que les collecteurs soient agréés. Ainsi, toute personne qui remet des batteries à un collecteur non agréé est solidairement responsable des dommages qu’elles causent. Elle fixait aussi des objectifs pour 2013, avec au moins un point de collecte dans les communes de plus de 1 200 habitants et la valorisation de 80% du tonnage de batteries vendues l’année précédente. Trecodec, créé en 2008 à l’initiative des producteurs, est l’éco-organisme agréé pour cette filière, et le résultat se mesure en tonnes. Vers 2010, un bilan publié à l’époque faisait état de 642 tonnes collectées pour un objectif de 502. En 2025, ce sont 1 347 tonnes de batteries au plomb qui ont été traitées, à travers 100 points de collectes. 95% ont été valorisées. 

Chiffres clés de la filière batteries au plomb en 2025. © Trecodec

Mais alors, où déposer sa batterie ? Dans les trois provinces : déchèteries, stations-service, garages, ateliers municipaux, mairies et même maisons communes de tribus dans le Nord. Des Belep à l’île des Pins, en passant par Lifou, Maré et Ouvéa, on trouve un point de dépôt à portée de main. Et qu’est-il possible d’apporter ? Les batteries au plomb de toutes sortes de véhicules motorisée et les batteries d’onduleurs. Oubliez en revanche les batteries de vos téléphones et ordinateurs, les batteries souillées, les batteries de panneaux solaires et les batteries lithium. Une fois collectées, les batteries sont conditionnées puis exportées. Elles sont ensuite démantelées afin de séparer le plomb, le plastique et les acides, matériaux qui sont traités pour être recyclés et réutilisés. Les opérateurs agréés assurent la collecte, le conditionnement et l’exportation vers des centres de traitement agréés, où plomb, acide et plastique sont valorisés. 

Les bons gestes de tri pour la filière batteries au plomb. © Trecodec

Reste la question de la destination. Les batteries au plomb étant classées déchets dangereux, leur export est encadré. Pour les déchets dangereux en général, la DIMENC indique qu’en 2018, 82 % des 4 100 tonnes exportées l’ont été vers la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Aujourd’hui la majeure partie de ces batteries sont recyclées en Asie et Nouvelle Zélande. TRECODEC assure la traçabilité des batteries usagées via les opérateurs agréés qui fournissent des certificats de recyclages assurant la bonne gestion de ces déchets. 

C’est tout l’intérêt d’une filière organisée ! Le dispositif existe, il est financé par une éco-participation payée à l’achat d’une batterie neuve, et le point de dépôt est probablement à quelques minutes de chez vous. 

Résultat ? 

La batterie au plomb est un déchet à double visage : dangereuse quand elle est abandonnée ou recyclée dans de mauvaises conditions, mais précieuse quand elle est collectée et traitée dans une filière encadrée. Le plomb peut être recyclé encore et encore, à condition que la batterie arrive au bon endroit. 

En Nouvelle-Calédonie, Trecodec et ses partenaires ont bâti cette filière : 1 347 tonnes traitées en 2025, un réseau d’une centaine de points sur tout le territoire et 95% de valorisation. Plus d’excuse ! La prochaine fois que votre voiture décidera de ne plus démarrer, vous saurez où déposer sa batterie usagée plutôt que de la laisser dans le garage ou au bord d’une route !