En marge du study tour organisé avec le PROE (SPREP), Trecodec a reçu à Nouméa un invité venu de Manille, aux Philippines : Marc Perez Casas, Urban Development Specialist à l’Asian Development Bank (ADB). Sa mission, c’est de concevoir le Circular Pacific Project, un programme régional destiné à accompagner les pays insulaires du Pacifique vers une meilleure gestion de leurs déchets. Rencontre avec un observateur venu chercher, dans le modèle calédonien de Responsabilité Élargie des Producteurs, la preuve qu’un tel système peut fonctionner à l’échelle du Pacifique, mais aussi l’inspiration pour le déployer ailleurs.

On the sidelines of the study tour organized with PROE (SPREP), Trecodec welcomed a guest from Manila, Philippines, to Noumea : Marc Perez Casas, Urban Development Specialist at the Asian Development Bank (ADB). His mission is to develop the Circular Pacific Project, a regional program designed to help Pacific island nations improve their waste management. We spoke with an observer who is looking to the New Caledonian model of Extended Producer Responsibility for proof that such a system can work on a Pacific-wide scale—and for inspiration to implement it elsewhere.

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Pouvez-vous vous présenter : votre parcours et votre rôle actuel d’ADB Leader ? / Could you introduce yourself : your background and your current role as ADB Leader ?

Français :

Je m’appelle Marc. Je travaille pour l’Asian Development Bank en tant qu’Urban Development Specialist. Sur ce projet, je suis le chef d’équipe en charge de sa conception et je suis basé à Manille, aux Philippines.

English :

My name is Marc. I work for the Asian Development Bank as an Urban Development Specialist. On this project, I’m the team leader in charge of its design, and I’m based in Manila, in the Philippines.

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Ayant travaillé dans différents pays, comment la question des déchets s’y pose-t-elle et qu’est-ce qui distingue les petits États insulaires du Pacifique des autres régions où vous êtes intervenu ? / Having worked in different countries, how does the issue of waste play out there, and what sets small Pacific island states apart from the other regions you’ve worked in ?

Français :

L’ADB travaille sur l’ensemble de l’Asie et du Pacifique et j’ai personnellement travaillé sur la gestion des déchets solides dans plusieurs de ces pays, au Vietnam ou au Timor-Leste par exemple. En ce moment, dans le Pacifique, nous concevons le Circular Pacific Project, qui vise à accompagner les pays dans l’amélioration de leur gestion des déchets. Il existe des défis communs à l’ensemble du Pacifique, y compris en Nouvelle-Calédonie : les faibles volumes, la dispersion des îles et la logistique liée à la fois à la collecte au sein d’un pays et à l’export des matériaux. C’est un problème de volume, mais aussi d’hétérogénéité : de petits volumes répartis sur de nombreux flux de déchets différents, en plus de volumes globalement faibles. Il y a aussi des enjeux d’incitation et de sensibilisation, en particulier chez les ménages et les entreprises qui génèrent ces déchets, ainsi qu’un manque d’incitation pour le secteur privé à importer ou fabriquer des produits plus facilement recyclables. Troisièmement, il y a des défis systémiques : un manque général d’infrastructures de collecte, de traitement et d’élimination sécurisée.

Ces problématiques sont communes à l’ensemble des îles du Pacifique, même si elles se manifestent différemment selon les cas. Certaines îles sont grandes, tandis que d’autres archipels comptent des centaines de petites îles, ce qui multiplie d’autant les complexités que je viens de mentionner.

English :

ADB works across Asia and the Pacific, and I’ve personally worked on solid waste management in several of these countries ; for example in Vietnam and Timor-Leste. Right now, in the Pacific, we’re designing the Circular Pacific Project, which aims to support countries in improving their waste management. There are common challenges across the Pacific, including in New Caledonia : low volumes, the dispersion of islands, and the logistics of collecting waste within a country as well as exporting it. It’s a problem of volume, but also of heterogeneity : small volumes across many different waste streams, on top of generally low volumes overall. There are also challenges around incentives and awareness, particularly among households and businesses generating waste, and a lack of incentives for the private sector to import or manufacture products with higher recyclability. Third, there are systemic challenges : a general lack of infrastructure for collection, treatment, and safe disposal.

These issues are common across the Pacific Islands, though they play out differently. Some islands are large, while other archipelagos are made up of hundreds of small islands, and the complexities I just mentioned multiply accordingly.

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Qu’est-ce qui vous a amené en Nouvelle-Calédonie dans le cadre de cette délégation du SPREP et quel est le lien avec le travail de Trecodec ? / What brought you to New Caledonia as part of this SPREP delegation, and what’s the connection with Trecodec’s work ?

Français :

Nous sommes actuellement en train de concevoir le Circular Pacific Project, un projet régional dont la conception prendra environ un an. La semaine prochaine, nous organisons un événement à Port Vila, au Vanuatu, réunissant des représentants des 14 pays insulaires du Pacifique membres de la Banque. Il rassemblera plus de 75 personnes venues de toute la région et l’atelier portera sur les mécanismes de financement de la gestion des déchets, les politiques et dispositifs existants (et comment les améliorer) ainsi que sur la coopération régionale : mutualisation des systèmes, des dispositifs logistiques, des infrastructures et harmonisation des politiques à l’échelle de la communauté du Pacifique.

La visite en Nouvelle-Calédonie et la découverte du travail de Trecodec s’inscrivent parfaitement dans cette intention, car nous voulons comprendre comment une île du Pacifique et en particulier l’exemple de Trecodec, a réussi à mettre en place un système de gestion des déchets aussi efficace et impactant, en l’occurrence un dispositif de REP. Nous partagerons ce que nous aurons appris cette semaine avec les participants des autres îles du Pacifique la semaine prochaine. C’est un exemple fort montrant que la REP peut fonctionner dans le Pacifique et la Nouvelle-Calédonie en est la parfaite illustration. Nous espérons beaucoup apprendre sur la façon dont le dispositif est opérationnalisé, comment il a démarré et ce qui a réellement déclenché sa mise en place, afin de pouvoir rapporter des idées et de la motivation, pour que d’autres pays reproduisent ou adoptent certaines des meilleures pratiques de la Nouvelle-Calédonie.

English :

We’re currently designing the Circular Pacific project, a regional project that will take about a year to design. Next week we’re organising an event in Port Vila, Vanuatu, gathering representatives from the 14 Pacific Island countries that are members of the Bank. It will bring together more than 75 people from across the region, and the workshop will focus on waste management financing arrangements, policies and schemes (how to improve them) as well as on regional cooperation: sharing systems, logistics arrangements, infrastructure, and harmonising policies across the Pacific community.

The visit to New Caledonia and learning about Trecodec’s work fits perfectly with that intention, because we want to understand how a Pacific Island, and particularly the Trecodec example, has succeeded in implementing a very efficient and impactful waste management system, in this case an EPR scheme. We’ll share what we learn this week with participants from the other Pacific Islands next week. It’s a strong example that EPR can actually work in the Pacific, and New Caledonia is the perfect illustration of that. We hope to learn a lot about how it’s operationalised, how it started, and what actually triggered it, so that we can bring back ideas, and motivation, for other countries to replicate or adopt some of New Caledonia’s best practices.

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Que va-t-il se passer durant ces journées de visite ? Quelles structures allez-vous rencontrer, quels sites allez-vous visiter ? / What will happen during these visit days ? Which organisations will you meet, and which sites will you visit ?

Français :

Trecodec nous a préparé une excellente study tour, qui a débuté par une présentation très intéressante du travail mené par la province Sud, Trecodec et d’autres partenaires. Cela a été très instructif ce matin et nous avons désormais un programme de visites de centres de collecte, de recycleurs et de partenaires tout au long de la chaîne de valeur, aujourd’hui et demain. Ce seront deux journées très intenses et très intéressantes, et nous espérons en tirer le meilleur parti, apprendre de cette expérience, et la rapporter dans nos autres pays.

English :

Trecodec has prepared an excellent study tour for us, starting with a very interesting presentation of the work being done by the South Province, Trecodec, and other partners. That was very helpful this morning, and we now have a programme of visits to collection centresrecyclers, and partners across the value chain, today and tomorrow. It will be two very intense and very interesting days, and we hope to make the best use of this time, learn from it, and bring it back to our other countries.

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Qu’attendez-vous de cette visite pour l’ADB ? / What are you hoping to get out of this visit for ADB ?

Français :

D’abord, nous espérons y trouver de l’inspiration pour nous aider à concevoir notre projet à l’échelle du Pacifique. Ensuite, motiver les représentants des pays qui nous accompagnent. Et troisièmement, nous aimerions explorer le niveau de coopération que nous pouvons construire avec Trecodec et avec la Nouvelle-Calédonie en tant que pays et comment leur participation à l’approche régionale que nous souhaitons bâtir pourrait aussi aider la Nouvelle-Calédonie à aller encore plus loin. Nous voulons notamment discuter avec Trecodec et le gouvernement de la façon dont cette coopération régionale pourrait permettre de construire des politiques harmonisées et une voix commune plus forte face aux importateurs et aux producteurs. Comment les pays du Pacifique peuvent peser collectivement, en tant que communauté, plutôt que pays par pays, ce qui je le comprends est difficile. L’idée est de proposer cette voix commune face aux importateurs et producteurs, notamment pour interdire ou restreindre l’entrée sur les îles de matériaux difficiles à recycler.

Un autre objectif porte sur des éléments qui peuvent être mutualisés à l’échelle régionale (systèmes partagés, registres d’importateurs et d’informations, normes techniques) ainsi que les bénéfices du Moana Taka Partnership. Il s’agit d’un accord avec des compagnies maritimes, signé il y a quelques années par l’intermédiaire du SPREP, qui permet le transport gratuit de matériaux non commerciaux dans des conteneurs qui repartiraient sinon à vide. Quand un navire arrive dans un pays, il apporte des marchandises, mais repart généralement à vide. Ce partenariat permet donc aux recycleurs de ne payer que les frais portuaires à l’import et à l’export et non le coût du transport maritime lui-même. Cela représente une économie d’environ mille à deux mille dollars américains par conteneur, ce qui est important pour permettre aux matériaux d’atteindre un recycleur international.

English :

First, we’re hoping for inspiration to help us design our project across the Pacific. Second, to motivate the country representatives travelling with us. And third, we’d like to explore what level of cooperation we can build with Trecodec and with New Caledonia as a country, and how their participation in the regional approach we want to build could help New Caledonia go even further. In particular, we want to discuss with Trecodec and the government how this regional cooperation could help build harmonised policies and a stronger, joint voice towards importers and producers. How Pacific countries can influence things as a whole, as a community, rather than country by country, which I understand is difficult. The idea is to propose a joint voice towards importers and producers, particularly to ban or restrict hard-to-recycle materials from entering the islands.

Another purpose is around elements that can be shared across the region (shared systems, registries of importers and information, technical standards) as well as the benefits of the Moana Taka Partnership. It’s an agreement with shipping companies, signed a few years ago through SPREP, that provides free shipping for non-commercial materials using containers that would otherwise return empty. When a ship arrives in a country, it brings materials in, but usually goes back empty. So this partnership means recyclers only pay port charges on import and export, not the shipping cost itself. That represents a saving of around one to two thousand US dollars per container, which is an important saving to help materials reach an international recycler.

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En quoi le modèle calédonien de gestion des déchets peut-il représenter un cas d’étude intéressant pour votre sector office ? / In what way could New Caledonia’s waste management model be an interesting case study for your sector office ?

Français :

Le modèle calédonien est un véritable exemple de Responsabilité Élargie des Producteurs, où les producteurs sont financièrement responsables de l’organisation du système. Ils en sont pleinement responsables, ce qui correspond exactement à la définition de la REP. Mais dans le Pacifique, la situation est généralement celle d’un système piloté par les pouvoirs publics, c’est ce que nous constatons dans la plupart des cas actuellement. Nous aimerions donc nous inspirer de la façon d’opérer ce basculement : comment convaincre les pays du Pacifique de passer d’un système piloté par l’État à un système davantage porté par les producteurs. Les modèles actuels n’aident pas les pays à atteindre leurs objectifs de collecte, principalement parce qu’ils sont pilotés par l’État ou, dans certains cas, volontaires. Nous voulons évoluer vers un système plus contraignant qui responsabilise les producteurs, afin que les objectifs de recyclage puissent progresser comme ils le devraient. C’est l’objectif principal.

English :

The New Caledonia model is a real example of Extended Producer Responsibility, where producers are financially responsible for organising the system. They are fully responsible for it, which is exactly what Extended Producer Responsibility means. But across the Pacific, the situation is usually a government-led system, that’s what we find in most cases at the moment. So we’d like to draw inspiration on how to make that shift : how to convince Pacific countries to shift from a government-led system to more of a producer-led one. The current models aren’t helping countries reach their collection targets, mainly because they’re government-led or, in some cases, voluntary. We want to move towards a more mandatory system that puts responsibility on producers, so that recycling targets can rise as they should. That’s the main goal.

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Une fois cette visite terminée, quels enseignements espérez-vous pouvoir tirer de cette expérience néo-calédonienne, et comment pourraient-ils être réutilisés ailleurs dans la région ? / Once this visit is over, what lessons do you hope to draw from this New Caledonian experience, and how could they be applied elsewhere in the region ?

Français :

Comme je l’ai mentionné, le projet vise à construire cette coopération régionale tout en accompagnant chaque pays dans le développement et la mise en œuvre de ses propres politiques. Nous voulons apprendre, à partir du cas néo-calédonien, comment les autres pays peuvent améliorer leurs politiques et réglementations actuelles pour évoluer vers un dispositif de REP. Ce qui, à l’image de l’exemple néo-calédonien, devra probablement se faire progressivement, en commençant par quelques matériaux avant de monter en puissance sur d’autres. Je pense que la feuille de route que la Nouvelle-Calédonie nous a présentée ce matin illustre très bien comment un système peut s’élargir progressivement à de nouveaux matériaux.

L’expérience de la façon dont tout cela est collecté nous intéresse également beaucoup, car notre projet vise aussi à apporter aux pays un soutien financier pour des centres de collecte et des centres de traitement. Nous voulons aussi comprendre ce que le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a apporté financièrement, en matière d’infrastructures, pour soutenir le système et en particulier un point évoqué ce matin par la province Sud : le soutien financier de la province sur les déchets historiques, c’est-à-dire les déchets accumulés au fil du temps. Notre projet prévoit également ce que nous appelons du capital d’amorçage : injecter ce financement initial dans le système pour déclencher le démarrage d’un nouveau dispositif de collecte, comme cela s’est produit ici en Nouvelle-Calédonie. Le modèle néo-calédonien est très proche de ce que nous cherchons à promouvoir dans les autres îles du Pacifique. Disposer d’un exemple concret est une formidable opportunité pour montrer que c’est réellement possible, pas seulement théorique, mais quelque chose qui s’est véritablement produit en Nouvelle-Calédonie.

English :

As I mentioned, the project aims to build this regional cooperation while also supporting individual countries in developing and operationalising their own policies. We want to learn from New Caledonia’s case how other countries can improve their current policies and regulations to move towards an EPR scheme. Which, following New Caledonia’s example, will probably need to be gradual, starting with a few materials and then scaling up to others. I think the roadmap New Caledonia showed us this morning is a very illustrative example of how a system can gradually expand to include new materials.

The experience of how all this is collected is also very interesting for us, because our project also aims to provide countries with financial support for collection centres and processing centres. We also want to learn what the government of New Caledonia has provided financially, in terms of infrastructure, to support the system and in particular, something the South Province mentioned this morning : the province’s financial support for legacy waste, meaning waste that has been accumulating over time. Our project also intends to provide what we call seed capital : injecting this initial funding into the system to help trigger the start of a new collection system, as happened here in New Caledonia. The New Caledonia model is very similar to what we’re aiming to promote in the other Pacific Islands. Having a real example is a fantastic opportunity to show them this is actually achievable, not just theoretical, but something that has genuinely happened in New Caledonia.

Responsabilité Élargie des Producteurs (REP)
Clap de fin pour ce study tour / The curtain falls on this study tour © Trecodec

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