À l’occasion d’un study tour organisé avec le PROE (SPREP), Trecodec a accueilli à Nouméa une délégation régionale venue étudier le modèle calédonien de gestion des déchets. Une matinée d’échanges, entre la province Sud, Trecodec et ses partenaires, pour poser les bases d’un dispositif encore peu connu ailleurs dans le Pacifique : la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP).
« Nous sommes fiers et heureux de vous accueillir et nous vous souhaitons la bienvenue pour étudier ce premier laboratoire du Pacifique autour de la responsabilité élargie du producteur. » – Bernard Creugnet, PDG de Trecodec
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Les petites mains de la gestion des déchets
Avant de parler REP, encore faut-il comprendre qui fait quoi. En Nouvelle-Calédonie, la gestion des déchets se répartit entre plusieurs autorités : l’État français pour les conventions internationales (mouvements transfrontières, déchets radioactifs), le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie pour les déchets d’activités de soins et l’amiante, les provinces pour la protection de l’environnement et les communes pour la collecte des déchets ménagers. C’est dans ce paysage institutionnel que s’inscrit la REP, ce principe qui transfère aux producteurs (fabricants ou importateurs) la responsabilité (et le financement) de la fin de vie de leurs produits. Un principe qui change tout, comme l’a rappelé Bernard Creugnet :
« Ce qu’il faut comprendre, c’est que la mise en place de la REP, c’est un changement de système. Dans l’ancien système, les pouvoirs publics prenaient en charge l’intégralité de la vie d’un déchet, et donc son financement. La REP oblige un partenariat, une collaboration entre tous les acteurs. » – Bernard Creugnet
Deux options s’offrent alors aux producteurs, celle de gérer seuls leurs déchets via un plan de gestion individuel ou de mutualiser leurs moyens au sein d’un éco-organisme agréé, comme Trecodec, via un plan de gestion collectif.

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Trecodec face aux défis d’un territoire insulaire
Créé en 2008, Trecodec organise, finance et assure la traçabilité aujourd’hui de sept filières réglementées, de l’huile usagée aux déchets d’équipements électriques et électroniques, en passant par les pneus et les véhicules hors d’usage. Un écosystème qui s’est étoffé filière après filière : cinq en 2009, une sixième en 2014, puis de nouvelles familles de déchets intégrées en 2019, 2021, 2023 et 2025 avec le lancement de la filière emballages. Aujourd’hui, ce sont 430 entreprises adhérentes, 13 salariés, un réseau de 1 500 points de collecte, 21 collecteurs et 15 opérateurs de traitement qui font tourner la machine ; pour un total de 165 714 tonnes de déchets collectées depuis 2009. Le tout financé à 100% par l’éco-participation, cette contribution payée par le consommateur à l’achat d’un produit réglementé. Mais gérer des déchets sur un territoire insulaire de 260 000 habitants a un prix. Sans marché local pour absorber certains flux, la Nouvelle-Calédonie dépend presque entièrement de l’export et de trois pays en particulier.
« On est dépendant de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la Corée du Sud. Ce sont aujourd’hui nos trois principaux exutoires. La Nouvelle-Calédonie, avec ses 260 000 habitants, est toute petite : nous représentons très peu dans leur économie de marché et dans la gestion des déchets à une échelle internationale. » – Alexandra Mengin, Gestionnaire de la stratégie déchets et de l’économie circulaire à la province Sud
Ainsi, les délais de stockage sont plus longs afin de laisser le temps de réunir des volumes suffisants pour déclencher un export, entrainant des coûts et des contraintes logistiques que ne connaissent pas les éco-organismes métropolitains. Une réalité que la délégation régionale, confrontée aux mêmes défis d’échelle dans ses propres pays, est justement venue observer de près !
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La province Sud, arbitre et moteur de la filière
Aux côtés des éco-organismes, la province Sud joue un rôle dans la mise en œuvre de la REP. Elle règlemente les filières, instruit les dossiers d’agrément des plans de gestion via une commission annuelle, adapte la réglementation aux réalités locales et suit la performance du dispositif grâce à un observatoire des déchets en ligne. Trois chantiers mobilisent aujourd’hui particulièrement ses équipes : les fusées de détresse périmées, les navires hors d’usage et les déchets diffus des ménages (peintures, produits d’entretien, produits de jardin). Sur le premier de ces trois flux, la problématique est double…
« La première problématique, c’est la durée de vie. Ce sont des produits qui ont une durée de vie très limitée, entre trois et cinq ans, ce qui veut dire qu’on les retrouve très rapidement dans les déchets. Ce sont aussi des déchets pyrotechniques, ce qui impose des conditions très spécifiques pour les transporter. La difficulté, c’est de les charger sur un navire. Nous avons engagé beaucoup de discussions avec les compagnies maritimes pour identifier une route maritime et des compagnies capables de transporter ce type de déchets. » – Alexandra Mengin

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Un écosystème de partenaires engagés
La matinée s’est refermée sur un tour d’horizon des partenaires qui font vivre l’écosystème Trecodec au quotidien. Parmi eux, Hanvie, portée par sa fondatrice Rebecca Frolla-Miñana, est une structure d’insertion par le réemploi qui accompagne des personnes en situation de handicap vers l’emploi à travers le démantèlement et le reconditionnement de matériaux. Parmi les autres partenaires, on peut retrouver Caledoclean, une association de ramassage et de sensibilisation aux déchets, mais aussi UFC Que Choisir, relais d’information auprès des consommateurs sur leurs droits et les points de collecte disponibles, ou encore La Ressourcerie de Nouméa, une association engagée dans le réemploi, la réduction des déchets et la solidarité locale, en donnant une seconde vie aux objets tout en sensibilisant à l’éco-citoyenneté et en favorisant l’insertion sociale. Pour compléter cette équipe de partenaires présentés à la délégation, on retrouve le CIE avec sa directrice Carole Bernard, une association qui sensibilise les différents publics à la protection et à la préservation de l’environnement.
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Un modèle inspirant au-delà du Caillou
Dix-sept ans après ses débuts, la REP calédonienne apparaît aujourd’hui comme un véritable outil d’économie circulaire, entre nouveaux emplois, nouvelles compétences locales et réduction des quantités enfouies. Un modèle qui, malgré (ou grâce à) ses défis d’insularité, a de quoi inspirer d’autres territoires du Pacifique confrontés aux mêmes contraintes d’échelle et d’éloignement. Et c’est précisément ce que cette délégation régionale est venue chercher à Nouméa !
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